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Silk Road Mountain Race : Stéphane Logerot raconte sa course

Il y a des courses qui dépassent largement le simple cadre sportif. Des aventures où la distance, le dénivelé et la difficulté du terrain ne sont qu’une partie de l’histoire. La Silk Road Mountain Race fait partie de ces épreuves qui obligent à sortir de sa zone de confort, à composer avec l’imprévu et à avancer dans des environnements où l’on ne peut pas toujours compter sur des solutions faciles.

Pour Stéphane Logerot, cette aventure représentait aussi un défi personnel. Habitué depuis vingt ans aux raids aventure de plusieurs jours en équipe, il souhaitait découvrir s’il était capable de vivre une telle expérience seul. Un projet qui l’a conduit au Kirghizistan, sur près de 2 000 kilomètres de parcours exigeant, entre chaleur, altitude, neige, fatigue et rencontres inoubliables.

Professeur d’EPS, coach sportif et pratiquant d’endurance dans plusieurs disciplines, Stéphane n’est pas un novice des efforts prolongés. Mais la Silk Road Mountain Race lui a offert une expérience différente, où la solidarité des participants et l’hospitalité des habitants ont compté autant que les jambes et le mental.

Il revient pour nous sur son parcours, sa préparation, son vélo, ses choix de matériel, les moments difficiles de la course et les projets qui pourraient lui donner envie de repartir.

Un parcours sportif entre triathlon, raids aventure et ultra-distance

Avant de parler de la Silk Road Mountain Race, il faut comprendre le parcours de Stéphane. Son expérience ne se limite pas au vélo et aux courses d’ultra-distance. Depuis deux décennies, il évolue dans le monde des raids aventure, où l’endurance, l’orientation et la capacité à vivre plusieurs jours dehors font partie intégrante du défi.

Stephane Logerot Silk Road Mountain Race

Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours sportif ?

Je m’appelle Stephane Logerot, j’ai 39 ans, en couple avec deux garçons de 6 et 8 ans. Je suis professeur d’EPS et coach sportif. Je m’occupe de planifier les entraînements d’une vingtaine d’athlètes à l’année. J’ai eu la chance de découvrir pas mal de sports dans ma jeunesse sans vraiment persister dans un.

À la fin du lycée, j’intègre un club de triathlon où je découvre cette passion du dépassement de soi, en tant que pratiquant mais aussi en tant qu’entraîneur. Pour la petite histoire, on m’a demandé de remplacer quelqu’un pour un raid le temps d’un week-end. Je me suis retrouvé quelques mois plus tard sur une manche de Coupe du monde de raids aventure en Australie.

Ça fait maintenant 20 ans que je participe à des courses d’aventure de 4 à 8 jours par équipes de 4, en alternant VTT, kayak, trail, épreuves de cordes, le tout en orientation.

Cette expérience des raids constitue une base importante pour comprendre sa manière d’aborder l’endurance. Stéphane a l’habitude de gérer la fatigue, les conditions difficiles et les imprévus, mais il a jusqu’ici vécu l’essentiel de ces aventures en équipe.

Qu’est-ce qui t’attire dans les différentes disciplines d’endurance ?

Je dirais que c’est le dépassement de soi, et surtout dans les raids aventure le partage et la découverte de nouveaux paysages, de nouvelles cultures.

Le goût de l’effort ne se résume donc pas à la recherche d’un chrono. La découverte et les rencontres occupent également une place importante dans sa pratique.

À quel moment le vélo a-t-il commencé à prendre une place particulière ?

Depuis tout jeune, le vélo a été mon moyen de déplacement, surtout en vacances où mes amis avaient des scooters, et moi un vélo. C’est ce qui a fait que plus tard j’avais certaines facilités et que je prenais le plus de plaisir.

Une relation avec le vélo qui s’est construite progressivement, bien avant les épreuves d’ultra-distance.

Le coach derrière le compétiteur

Stéphane accompagne des sportifs tout au long de l’année. Pourtant, il reconnaît ne pas être particulièrement attaché aux plans d’entraînement rigides lorsqu’il s’agit de sa propre préparation.

On dit souvent « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Malheureusement, j’ai du mal à respecter un plan strict. Ma vie professionnelle et familiale me prend du temps. Avec l’expérience, je sais ce que je dois faire pour être en forme le jour J sans faire trop de volume. Une approche pragmatique, construite avec l’expérience et adaptée aux contraintes d’une vie professionnelle et familiale.

Que recherches-tu aujourd’hui dans une épreuve d’ultra ?

C’est exactement ça, je suis un compétiteur, donc je veux toujours faire le maximum pour faire une bonne place tout en prenant un maximum de plaisir.

Une réponse qui résume assez bien la suite de son aventure : rechercher la performance, sans sacrifier les moments qui donnent un sens au voyage.

Silk Road Mountain Race, montagnes Kyrgyztan la nuit

Pourquoi choisir la Silk Road Mountain Race ?

La Silk Road Mountain Race n’est pas arrivée par hasard dans le parcours de Stéphane. Il s’y intéressait depuis plusieurs années, attiré par les vidéos de participants et par la réputation de cette épreuve exigeante.

Comment as-tu découvert la SRMR et pourquoi avoir voulu y participer ?

Je m’intéresse à la Silk depuis 3/4 ans vraiment. Avec les réseaux, on voit de plus en plus de vidéos qui donnent envie. C’est une course réputée pour être une des plus dures, avec des endroits reculés où tu es livré à toi-même. J’ai déjà vécu ce genre d’expérience, mais tout le temps en équipe. Je voulais savoir si j’en étais capable seul.

C’est précisément cette dimension qui a retenu son attention : passer de l’aventure collective à une épreuve où il doit prendre seul ses décisions et gérer les difficultés rencontrées.

Qu’est-ce qui t’attirait le plus dans cette course ?

Pour Stéphane, le pays arrive avant la difficulté sportive.

En premier, le pays. Encore aujourd’hui, beaucoup de personnes ont besoin de rechercher sur Google pour voir où se situe ce pays. J’ai souvent dit : « C’est à côté des pays qui se finissent par AN », souvent trop connus pour les différentes guerres. Et pourtant, il est si riche pour ses paysages et ses cultures. Faire 2 000 km à vélo dans ce pays est le meilleur moyen de le découvrir.

Une façon de voir le vélo comme un moyen d’exploration, et non uniquement comme un outil pour parcourir une distance dans le temps le plus court possible.

Quelle image avais-tu de la SRMR avant le départ ?

J’avais l’image d’une course exigeante, car on passe par tous les temps. Il faut bien entendu être prêt physiquement, mais surtout mentalement, être prêt à rencontrer des difficultés de déplacement, de météo capricieuse, de matériel…

La préparation ne consiste donc pas seulement à accumuler des kilomètres. Il faut aussi accepter de ne pas maîtriser tous les paramètres de l’aventure.

Avais-tu un objectif de temps ou de classement ?

Stéphane ne voulait pas se mettre une pression excessive en fixant une place précise. Mais il avait tout de même une idée de ce qu’il pouvait réaliser.

J’ai souvent dit que je ne voulais pas me mettre d’objectifs de place, pour profiter de la course et ne pas trop subir. Mais en regardant les classements des éditions précédentes, je savais que si je n’avais pas trop de problèmes et que je faisais 200 km par jour, ça rentrerait dans les 10 jours et dans le top 25. Mon seul objectif était d’arriver le 26 au soir, car j’avais booké un vol pour rentrer sur Paris le 27 à 6 h du matin. Donc oui, il y a eu un peu de pression quand même… car je voulais finir.

Un objectif de temps lié aussi à une contrainte logistique très concrète : son vol retour.

Préparer la Silk Road Mountain Race : huit mois pour se mettre en condition

Stéphane a consacré huit mois à la préparation de cette aventure. Un travail organisé en deux périodes : une préparation générale, puis une phase plus spécifique destinée à se rapprocher des exigences de la course.

Comment as-tu organisé ta préparation ?

On peut découper la période sur huit mois, avec cinq mois de préparation générale : augmentation du volume d’entraînement et renforcement musculaire. Puis trois mois avec du spécifique : plus de VTT, deux raids de 24 à 30 heures à un mois d’intervalle. Ce n’est pas que du vélo, mais ça reste le même type d’effort.

L’expérience des raids lui permet de préparer une partie des contraintes propres à l’ultra : la durée, les conditions de fatigue et la nécessité de continuer à avancer sur une longue période.

Comment prépare-t-on une course combinant distance, dénivelé et altitude ?

En plus du renforcement musculaire et de la musculation, j’ai beaucoup travaillé l’endurance de force sur le vélo. Habitant à Paris, c’est des répétitions de côtes, ou monter des bosses avec un gros braquet.

Un travail adapté à son environnement d’entraînement, où les longues ascensions de montagne ne sont pas accessibles au quotidien.

As-tu travaillé l’acclimatation à l’altitude ?

C’est l’un des aspects de la préparation qu’il n’a pas pu mettre en place comme il l’aurait souhaité.

Non malheureusement, c’est ce qui m’a manqué. Arriver une bonne semaine sur place avant la course aurait été l’idéal. Ou faire une semaine en haute altitude en France, mais l’emploi du temps des vacances ne le permettait pas. Une arrivée plus précoce aurait donc pu lui permettre de mieux aborder les conditions d’altitude.

La préparation logistique a-t-elle pris beaucoup de place ?

C’était plutôt minime. J’étais déjà bien équipé en matériel, que j’avais déjà utilisé en raid multisport. Donc pas trop de nouveautés, à part les prolongateurs sur le cintre, où j’ai dû adopter la bonne position.

Son expérience précédente avec du matériel de raid lui a permis de limiter les découvertes techniques avant le départ.

Y avait-il des aspects particulièrement difficiles à préparer depuis la France ?

Non, pas plus que ça. Après, c’est ta faculté à te débrouiller sur place, avant, pendant et après la course.

Une réponse qui revient souvent dans les épreuves d’aventure : une préparation solide compte, mais la capacité d’adaptation reste indispensable.

Avec le recul, qu’aurais-tu aimé anticiper ?

Éviter de passer une nuit à Bishkek, aller directement sur le lieu du départ pour être avec des coureurs. Un conseil qui concerne davantage l’organisation du voyage que l’entraînement.

Être sur place plus tôt et rejoindre directement le lieu du départ aurait été une option préférable pour lui.

Voyage au Kirghizstan : préparer l’autonomie et gérer l’imprévu

Pour Stéphane, le déplacement jusqu’au Kirghizstan n’a pas représenté une difficulté majeure. La préparation reposait surtout sur une organisation simple, avec une attention particulière au transport du vélo et à l’autonomie pendant la course.

Comment as-tu organisé le voyage et le transport du vélo ?

Non, c’est plutôt simple : un billet d’avion avec escale à Istanbul, en Turquie. Il faut ajouter une option vélo. C’est juste le stress de savoir si ton vélo va suivre pendant l’escale. Et une fois sur place, il y a plein de taxis qui te conduisent où tu veux. Les prix des taxis sont abordables contrairement à la France.

Le transport aérien du vélo reste néanmoins une source d’incertitude, même lorsque le trajet est relativement simple à organiser.

Comment avais-tu préparé les ravitaillements ?

Stéphane avait prévu une solution particulièrement intéressante : un tableau imprimé, plastifié, qui pouvait lui servir de référence même en cas de problème de batterie ou de mauvaises conditions météorologiques.

J’ai imprimé un petit tableau Excel que j’ai plastifié, au cas où je n’aurais plus de batterie ou un trop mauvais temps, avec des indications de kilométrage et de dénivelé entre chaque village et ce que l’on pouvait y trouver.

Un support papier qui permet de garder des informations essentielles à portée de main, sans dépendre entièrement de l’électronique.

Quelle autonomie alimentaire et en eau avais-tu prévue ?

J’ai pris un petit kilo de barres, de la boisson isotonique et des protéines sous forme de poudre. L’eau se trouve facilement, il y a beaucoup de torrents et de rivières. Il faut néanmoins faire attention à la filtrer ou la traiter pour éviter toutes infections.

La disponibilité apparente de l’eau ne dispense donc pas de prévoir un système de traitement adapté.

Paysage Kirghizistan Silk Road Mountain Race Bikepacking

Téléphone, connexion et moyens de paiement

Une fois au Kirghizistan, j’ai pris une SIM locale, environ 40 euros pour les 12 jours. J’avais du réseau assez souvent dans les villes.
J’avais échangé des euros en soms pour avoir du liquide dans les petits villages. Les terminaux où l’on peut payer avec le téléphone sont rares. Pour me déplacer, Google marche très bien.

Une organisation simple, mais qui nécessite de prévoir de l’argent liquide et de ne pas compter uniquement sur le paiement numérique.

Ton plus gros casse-tête logistique ?

Je vais répondre : ne rien oublier. Mais ayant l’habitude d’emmener beaucoup plus de choses avec les raids, c’était plutôt simple de ce côté-là.

Une expérience de plusieurs années en raid multisport qui lui a permis de se sentir relativement à l’aise avec la préparation de son équipement.

Le Scott Spark de Stéphane : un VTT tout suspendu pour privilégier le confort

Pour la Silk Road Mountain Race, Stéphane a choisi un Scott Spark de 2025, un VTT tout suspendu équipé de suspensions électroniques. Un choix motivé avant tout par le confort, mais aussi par la volonté de disposer d’un vélo performant dans des conditions de terrain variées.

Pourquoi ce vélo ?

J’ai pris le départ avec un Scott Spark de 2025, un tout suspendu qui m’apporte à la fois du confort et un très bon rendement dans toutes les circonstances. Le confort était le plus important pour moi.

Un choix qui s’explique notamment par les longues heures passées sur le vélo et les sections techniques du parcours.

Le setup complet

La configuration de Stéphane était assez particulière pour une épreuve d’ultra-distance :

  • Vélo : Scott Spark 2025, tout suspendu.
  • Suspensions : fourche et amortisseur électroniques.
  • Transmission : SRAM XO électronique.
  • Pneus : Maxxis Aspen 2.40 renforcés.
  • Éclairage : une frontale Stoots sur le casque et une petite Stoots sur le cintre.
  • GPS : Coros Dura.
  • Bagagerie : sacoche de selle Restrap, sacoche top tube, sacoche de cadre de 4 litres, petite sacoche sous le cadre et deux poches de type escalade Apidura près de la potence.
  • Sac à dos : Salomon Trail 15 litres.
  • Prolongateurs : modèle sans marque précisée.

Une transmission électronique en ultra-distance

Le choix d’un groupe SRAM XO électronique implique une gestion de plusieurs batteries.

La particularité de ce VTT, c’est qu’il est équipé de suspensions électroniques, fourche et amortisseur, d’une transmission SRAM XO donc aussi électronique. J’avais donc trois batteries SRAM à gérer. Une configuration qui offre les avantages de l’électronique, mais qui demande également d’intégrer l’autonomie électrique dans la préparation.

Le poids, priorité numéro un

Pour Stéphane, le poids du vélo était une préoccupation importante, notamment en raison des passages où il faut pousser ou porter la machine.

Oui, je voulais un vélo léger. Je savais qu’on allait porter ou pousser le vélo assez souvent, donc le poids est ton ennemi numéro 1.

Le Scott Spark pesait environ 12 kg à vide. Une fois chargé, Stéphane estime que son ensemble atteignait environ 18 kg.

Pour être honnête, je ne l’ai pas pesé. Mais il fait 12 kg à nu. Avec toutes les sacoches, je pouvais prendre 1,5 litre dans ma sacoche de cadre et j’avais un bidon de 800 ml. Avec mon kilo de nourriture que j’avais souvent toute la journée, mes affaires, je dirais 18 kilos.

Il s’agit d’une estimation, et non d’une mesure précise du vélo chargé.

Un kit de réparation un peu trop léger

L’un des enseignements de cette aventure concerne le matériel de réparation.

Avec le recul, j’étais un peu trop light à ce niveau. J’avais juste un kit de réparation classique : pompe, une chambre à air, démonte-pneus, mèches, scotch, rustines. J’ai eu de la chance…

Une remarque intéressante pour les pratiquants qui préparent une longue épreuve en autonomie. Le matériel de réparation doit être pensé en fonction des risques du terrain, mais aussi des possibilités d’assistance sur le parcours.

La gestion de l’énergie

Stéphane avait emporté deux batteries externes pour alimenter ses différents appareils.

J’ai emporté deux batteries externes, une de 10 000 et une de 20 000 mAh.

Si c’était à refaire, l’alternative dynamo est quand même un bon luxe. Tu t’enlèves cette charge mentale. Tu peux pousser ta frontale à fond sans te soucier de ton niveau de batterie, écouter ta musique quand tu veux…

Une réflexion qui rejoint une problématique bien connue en bikepacking : la gestion de l’énergie devient une contrainte supplémentaire sur les épreuves de plusieurs jours.

L’équipement qui lui a donné le plus de satisfaction

Mon VTT ne m’a jamais fait défaut, mais surtout le choix des vêtements, où j’ai rarement eu froid ou cette sensation d’être mouillé.
Le vêtement apparaît ici comme un élément essentiel de son confort et de sa capacité à affronter les variations de conditions.

Ce qu’il changerait sur son setup

Si mon portefeuille me le permet, je prendrais une roue avant avec une dynamo pour éviter de penser à mon niveau de batterie.
Et je prendrais une sacoche arrière Tailfin, référence pour moi à ce jour, qui est plus pratique qu’une simple sacoche de selle.

Deux évolutions qu’il envisage pour améliorer la gestion de l’énergie et la praticité du rangement.

Bivouac Silk Road Mountain Race

Le matelas : un équipement finalement peu utilisé

Stéphane avait choisi d’emporter un matelas pour privilégier le confort pendant les bivouacs.

J’ai emporté un matelas pour avoir du confort et au final je ne l’ai sorti qu’une fois. Après, avec la fatigue et quelques jours de course, un sol sans cailloux est juste parfait. Après, j’ai la chance de m’endormir partout et assez facilement.

Une expérience personnelle qui rappelle que les besoins de confort peuvent évoluer considérablement au fil des jours et de la fatigue.

Silk Road Mountain Race : un départ difficile sous la chaleur

Dès le départ, Stéphane savait que la course allait être exigeante. L’altitude, la chaleur et la longueur du premier col ont rapidement mis les organismes à l’épreuve.

Comment as-tu vécu le départ et les premières heures ?

Le départ était très sympa. On avait 15 à 20 km neutralisés avant d’être lâchés. Je m’étais interdit d’aller devant. N’étant pas acclimaté, c’était la surchauffe assurée. Donc assez frustrant de ne pas faire la photo de famille avec les stars de l’ultra, mais c’était beaucoup plus prudent. Nous avions comme entrée en matière un col de 50 km à plus de 3 000 m d’altitude. La sélection s’est faite assez vite. Et malgré le frein à main, la chaleur était bien présente. J’ai malgré tout surchauffé sur cette première partie.

Une première journée qui ne s’est pas déroulée comme il l’aurait souhaité. La prudence n’a pas empêché les difficultés liées à la chaleur.

À quel moment as-tu compris que l’aventure serait particulièrement exigeante ?

Dès le début. Il faut se le dire, dès que l’on quitte cette ville de départ, tu ne sais pas vraiment ce qui va t’arriver…
Une incertitude qui fait partie de l’expérience SRMR et qui impose de s’adapter au fur et à mesure.

La chaleur des deux premiers jours

Les deux premiers jours ont été très très chauds, entre 35 et 40 °C. Ça met l’organisme à rude épreuve.
Ma première journée n’a pas été très bonne, j’ai subi un bon coup de chaud. J’ai dû m’arrêter de nombreuses fois pour me refaire. Une fois la nuit tombée, le corps s’est apaisé et j’ai pu reprendre un rythme normal. Le reste de la course s’est bien passé à ce niveau-là.

La chaleur a donc été une difficulté majeure au début, avant que les conditions ne deviennent plus favorables pour lui.

Le passage qui l’a le plus marqué

Parmi les nombreux cols et sections du parcours, c’est le dernier col qui reste le souvenir le plus fort.

Je vais répondre le dernier col de la course, un passage à plus de 3 800 m. Une montée au petit matin dans la neige et cette sensation de réussite. Malgré qu’il reste encore 50 km, je savais que j’irais au bout de cette SRMR.

Un moment où la perspective de terminer prend le dessus sur la difficulté des derniers kilomètres.

Le hike-a-bike de nuit : la section la plus difficile

Après environ 1 500 km, Stéphane a rencontré une section de hike-a-bike particulièrement éprouvante. Le briefing avait annoncé 13 km de montée, mais la descente s’est révélée tout aussi difficile.

La section la plus difficile a été le hike-a-bike, après 1 500 km. Il était prévu et annoncé au briefing, mais seulement les 13 kilomètres de montée. La descente était identique, voire pire. On s’attendait à faire une belle descente sur le vélo, et au final j’ai mis un peu moins de 10 heures pour faire 26 km de nuit. Ce n’était pas très agréable comme moment. Pousser pour kiffer une descente ensuite, OUI. Mais pour marcher encore, je dis NON…

Une section qui a marqué Stéphane mentalement, notamment en raison de la durée et de l’absence de repères dans la nuit.

Traversée rivière Hike a Bike SRMR

Les problèmes physiques et mécaniques

L’un des premiers incidents est arrivé très tôt dans la course, avec une crevaison sur un pneu tubeless.

J’étais monté en tubeless et je n’avais qu’une seule chambre à air de secours. Au bout de 60 km, j’ai percé. J’étais obligé de mettre deux mèches pour colmater, puis ensuite plus aucun souci. Une réparation qui a tenu, mais qui lui a rappelé l’importance de disposer de solutions de secours adaptées.

Après sept jours de course, une nuit difficile marquée par le manque de sommeil et la pluie, un autre problème est apparu.

J’ai eu un peu de rétention d’eau au niveau du visage, surtout dans la jambe gauche, ce qui m’a coûté un genou gauche très douloureux dans les 24 dernières heures. Un problème qui a pris une importance particulière en fin de course.

Sommeil et alimentation : trouver un rythme sur plusieurs jours

La gestion du sommeil et de l’alimentation est un élément central des courses d’ultra-distance. Stéphane avait prévu une stratégie de départ, mais la réalité l’a conduit à adapter son rythme au fil des journées.

Quelle stratégie de sommeil avais-tu prévue ?

Ma stratégie de départ était de dormir au moins 4 heures par nuit, et de préférence entre 1 h et 5 h du matin. Une base de préparation qui a rapidement évolué.

Combien dormais-tu réellement ?

Dès la première nuit, j’ai voulu rattraper mon retard de la journée. Je me sentais mieux, du coup j’ai poussé un peu plus et j’ai posé que 2 heures. Ensuite, ça variait souvent entre 2 et 5 heures. Si je me réveillais naturellement, je partais. Un rythme de sommeil très variable, qui repose sur la capacité à récupérer rapidement et à repartir dès que le corps le permet.

Yourte Kirghiztan

Comment as-tu géré l’alimentation ?

J’essayais de manger une barre, ou ce qui fait office de barre énergétique, comme des Snickers, toutes les heures. Beaucoup d’électrolytes. Ce qui m’a manqué surtout les premiers jours, c’était un repas chaud et consistant. Les restaurants sont rares sur le parcours. Donc c’était plutôt de l’improvisation.

Une alimentation basée sur des apports réguliers, mais avec une envie de repas plus consistants au début de la course.

As-tu rencontré des problèmes digestifs ?

J’ai eu beaucoup de chance, aucun problème digestif. Juste un peu mal à la tête en rapport à l’altitude par moments.
Un point positif pour Stéphane, malgré les contraintes d’altitude et les variations de rythme.

Le rythme a-t-il évolué ?

Pendant 7 à 8 jours, j’ai réussi à tenir les 200 km par 24 heures. En revanche, j’ai adapté mon heure de coucher. Parfois je pouvais m’arrêter à 22 h et repartir entre 1 h et 2 h du matin. Le rythme restait plutôt identique. Une régularité qui témoigne de sa capacité à maintenir une progression sur plusieurs jours, tout en ajustant ses périodes de sommeil.

Le mental : apprendre à ne pas prendre de décision à chaud

La dimension mentale est particulièrement importante dans le récit de Stéphane. Entre la fatigue, la douleur, les sections de marche et les nuits courtes, plusieurs moments auraient pu remettre en question la poursuite de la course.

Quel a été ton moment le plus difficile mentalement ?

Ce hike-a-bike de nuit qui n’en finissait plus, où l’on n’avait aucun repère à part suivre le trait sur le GPS et se remettre dans l’axe si on déviait de la trajectoire. Une difficulté qui ne se résume pas à l’effort physique. La nuit, l’absence de repères et la longueur de la section rendent la progression particulièrement éprouvante.

As-tu envisagé l’abandon ?

Oui, dans les 100 derniers kilomètres, où je n’arrivais plus à plier le genou. Pédaler me faisait très mal.
J’ai eu cette peur de ne pas pouvoir faire cette fin de parcours. Mais après un peu de repos, j’ai pu repartir en gérant cette douleur.
Un moment où l’objectif de terminer semblait menacé, alors qu’il ne restait plus qu’une centaine de kilomètres.

Quand faut-il continuer ou s’arrêter ?

Pour Stéphane, une décision prise au cœur de la fatigue n’est pas toujours la meilleure.

Je dirais qu’il ne faut pas prendre de décisions à chaud. J’ai le souvenir d’un concurrent arrivant au CP3 me disant : « Je vais arrêter, je suis à bout ! » Je lui ai dit : « Va dormir, mange et ça ira mieux. » L’esprit oublie vite la douleur, il est reparti et a bien fini sa course.

Une anecdote qui illustre l’importance de prendre du recul avant de décider de renoncer. Elle ne signifie pas que toute situation doit être surmontée : la capacité à reconnaître une blessure ou un danger reste essentielle.

Ton expérience de coach t’a-t-elle servi ?

En tant que coach, je me dois de montrer l’exemple, mais c’est avant tout mon expérience de raideur qui m’a servi. Dormir dehors, affronter le mauvais temps sont des situations que j’ai déjà vécues. Les années de raids lui ont donc fourni des repères concrets pour gérer l’inconfort et les conditions difficiles.

Peut-on se préparer mentalement à une telle épreuve ?

Oui, la préparation mentale est pour moi très importante. Même si j’étais confiant dans ma capacité à affronter les éléments, j’ai écouté de nombreux podcasts et regardé des vidéos pour me préparer au mieux.

Une préparation qui passe également par l’imprégnation, la découverte des expériences d’autres participants et l’anticipation des difficultés possibles.

Stephane Logerot 20ème place Silk Road Mountain Race

Après la ligne d’arrivée : une immense fierté et une 20e place

Stéphane a terminé la Silk Road Mountain Race à la 20e place, un résultat dont il se dit heureux. Mais son bilan ne se limite pas à la position obtenue au classement.

Que ressens-tu en franchissant la ligne d’arrivée ?

Une immense fierté. J’ai été au bout de mon objectif, j’ai repoussé encore un peu plus mes limites, je me connais un peu plus…
Une phrase qui résume bien l’aspect personnel de cette aventure.

Quel regard portes-tu sur ton résultat ?

Je suis heureux. Beaucoup de personnes signeraient pour une 20e place sur la SRMR. J’ai eu la chance de faire une belle course tout en profitant un maximum. J’ai perdu un temps fou à m’arrêter prendre un café ou manger quelque part, mais le moment était précieux. En optimisant ces petites pauses, oui, j’aurais peut-être pu m’approcher du top 10. Mais au final, ça n’aurait rien changé à ma vie. Une équipe du World Tour ne m’aurait pas contacté et je n’aurais probablement pas rencontré toutes ces personnes formidables.

Une réflexion intéressante sur le rapport entre performance et plaisir. Stéphane reconnaît qu’il aurait pu optimiser certains aspects de sa course, mais il ne regrette pas les moments consacrés aux rencontres et aux pauses.

Combien de temps pour récupérer ?

J’ai mis 2 à 3 nuits à retrouver un sommeil normal, des nuits complètes sans réveils.
Deux semaines avant de refaire du sport cool, type footing ou sortie vélo en endurance. Et trois semaines avant de refaire du rythme en course à pied. J’ai encore à ce jour quelques doigts des mains et des pieds engourdis.

Ce dernier point mérite d’être souligné : des symptômes persistants après une épreuve aussi exigeante ne doivent pas être banalisés et nécessitent une évaluation médicale appropriée.

Qu’as-tu appris sur toi-même ?

D’avoir confiance en moi, sur ce que je suis capable de faire. J’avais l’habitude d’évoluer en équipe. Je découvre que je me débrouillais aussi bien seul, même si mes équipiers m’ont beaucoup manqué !

C’est probablement l’un des enseignements majeurs de son aventure. La SRMR lui a permis de découvrir une nouvelle forme d’autonomie, sans pour autant diminuer l’importance du collectif dans sa pratique.

Et maintenant ? Les futurs projets de Stéphane

Après une aventure de cette ampleur, la question se pose naturellement : quelle suite donner à ce parcours ? Stéphane garde l’envie de découvrir de nouvelles épreuves, mais sans calendrier figé.

As-tu envie d’aller encore plus loin ?

Pour faire encore plus de kilomètres, pour faire une traversée légendaire, la Tour Divide donne envie. Maintenant, c’est difficilement compatible avec mon planning professionnel.

Une envie qui montre que la découverte de l’ultra-distance ne s’arrête pas à la SRMR, même si les contraintes professionnelles et familiales doivent être prises en compte.

Quelle course t’attire aujourd’hui ?

Race Around Rwanda est une course qui m’attire. Le kilométrage n’est pas hors norme et surtout, c’est un pays qui demande qu’à être découvert !

Une course qui combine donc deux éléments importants dans sa pratique : un défi sportif et la découverte d’un pays.

Continuer dans l’ultra ou explorer d’autres disciplines ?

Non, je fonctionne souvent au projet que l’on peut me proposer. Je peux prendre autant de plaisir à faire un tournoi de padel que de faire 1 000 km de vélo. J’adore quand même l’orientation, donc je vais sûrement faire quelques courses de ce type. Et pour le vélo, ça peut être une petite course de quartier d’une heure comme beaucoup plus long si tout s’aligne.

Une vision assez ouverte du sport, dans laquelle la distance ne constitue pas la seule source de motivation.

Quels sont tes projets pour les prochains mois ?

Aucun projet planifié. Peut-être quelques courses de cyclo-cross pour nettoyer le moteur cet hiver…

Une réponse qui laisse la porte ouverte à de nouvelles aventures, sans annoncer un calendrier précis.

Et dans deux ans ?

La dernière question ouvre sur un projet bien différent des courses d’ultra-distance.

Faire découvrir à mes enfants le voyage à vélo.

Une envie qui donne une autre dimension à son rapport au vélo : transmettre le plaisir de l’aventure et de la découverte à ses enfants.

Convivialité yourte Kirghiztan Silk Road Ultra

Bonus : les anecdotes de la Silk Road Mountain Race

Le moment où tu t’es dit : « Mais qu’est-ce que je fais ici ? »

Dans toutes les côtes à plus de 20 %, à pousser mon vélo. Ça peut être long par moments…

Une réponse qui résume avec simplicité l’un des aspects les plus éprouvants du parcours.

La rencontre qui t’a le plus marqué ?

En dehors des rencontres locales, un coureur allemand, Lutz, avec qui j’ai partagé beaucoup de moments.

Les compagnons de route rencontrés pendant une course de plusieurs jours peuvent devenir des repères importants, même lorsque chacun évolue selon son propre rythme.

Deux rencontres locales inoubliables

Stéphane raconte notamment deux moments de partage avec des habitants du Kirghizistan.

Une famille qui m’accueille au petit matin. J’ai pu partager un petit déjeuner avec eux. Malgré le manque de communication à cause de la barrière de la langue, ce fut un moment de partage inoubliable.

Le deuxième fut une nuit où nous avons réveillé un berger avec un coureur kazakh à 3 h du matin, lumière en pleine face, pour lui demander l’hospitalité. Sans rechigner, il est sorti de son lit, nous a ouvert sa yourte en nous donnant de grosses couvertures, et bien évidemment le thé au réveil. Une belle leçon de vie : les personnes qui en ont le moins sont celles qui donnent le plus.

Des anecdotes qui illustrent une dimension essentielle du voyage à vélo : les rencontres et l’hospitalité peuvent devenir des souvenirs aussi forts que les paysages traversés.

Le meilleur repas de la course

Avant le col d’Arabel, avec ce fameux Lutz, on s’arrête dans une grosse cabane à plus de 3 000 m d’altitude.
On se retrouve avec des militaires qui nous servent en abondance une assiette de riz avec du ketchup et de la pastèque.
C’était simple et efficace, et surtout inespéré… Un repas simple, mais particulièrement bienvenu dans le contexte de la course.

Et le pire ?

Le pire était un bol de nouilles chinoises. Je n’avais pas vu qu’il était épicé, et je suis très sensible. Ça m’a piqué la bouche très longtemps !

Un objet inutile ?

Une petite pince multifonctions. Un accessoire qui n’a finalement pas trouvé son utilité pendant la course.

Une chose que tu aurais aimé savoir avant de partir ?

Il est difficile de communiquer. J’aurais dû imprimer une feuille avec des traductions toutes faites, car Google Translate ne fonctionne pas à 3 000 m d’altitude.

Un conseil concret pour les futurs participants : prévoir une solution de communication hors ligne, particulièrement dans les zones isolées.

Trois mots pour résumer la SRMR

La SRMR ne se raconte pas, elle se vit !
Liberté / Exigeante / Grandiose

Trois mots qui résument une expérience faite de difficultés, de découverte et de moments marquants.

Une course, mais surtout une aventure humaine

La Silk Road Mountain Race aura permis à Stéphane Logerot de valider un objectif sportif important. Découvrir s’il était capable de vivre une grande aventure d’ultra-distance seul, après vingt années de raids en équipe.

Sa 20e place témoigne d’une belle performance, mais son récit montre surtout que la réussite ne se résume pas à la position obtenue au classement. Les pauses pour prendre un café, les repas partagés, les rencontres avec les habitants, les moments de doute et les difficultés de la montagne font partie intégrante de l’expérience.

Son approche du matériel est également révélatrice, un vélo tout suspendu pour le confort. Un équipement choisi en fonction des contraintes de la course, mais aussi des ajustements qu’il envisage déjà pour une prochaine aventure. L’expérience a confirmé certains choix et lui a permis d’identifier des améliorations possibles, notamment concernant la dynamo et la bagagerie.

Et puis il y a cette envie de continuer à découvrir, que ce soit à travers une nouvelle course, un raid d’orientation, une traversée légendaire ou simplement un voyage à vélo avec ses enfants.

Merci à Stéphane pour son temps, son retour d’expérience et le partage de cette aventure. La SRMR ne se raconte peut-être pas. Mais grâce à ce témoignage, on peut au moins en comprendre une partie de ce qu’elle représente.

À lire également, mes interviews de…

hugo bikepacker.fr

Écrit par Hugo

Passionné par la Nature, le vélo, internet et la photographie. Je me suis logiquement, depuis quelques temps initié au Bikepacking. J’ai créer ce blog, pour vous partager mes recherches, mes astuces et mes passions.

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