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La France en Bikepacking : Interview de Johan Dufour

Il y a des cyclistes qui roulent pour voyager. D’autres qui roulent pour performer. Et puis il y a ceux qui cherchent quelque chose de plus difficile à expliquer. Une forme de liberté qui passe par l’effort, l’autonomie et le fait d’avancer seul pendant des heures avec, pour seule compagnie, le bruit des pneus sur le chemin. Quand on échange avec Johan Dufour, on comprend rapidement qu’il appartient à cette dernière catégorie.

Pourtant, rien ne le prédestinait vraiment aux longues traversées en autonomie. Originaire du Pas-de-Calais, il découvre d’abord le vélo comme un moyen de reprendre le sport. Mais très vite, l’envie d’aller chercher du relief et des terrains plus engagés prend le dessus. Quelques années plus tard, il enchaîne les grandes aventures :

  • GTMC,
  • traversée des Pyrénées,
  • Tour de Corse,
  • traversée des Alpes,
  • et même un raid en Mauritanie en fatbike.

Toutes ces expériences ont fini par donner naissance à un livre : La France en Bikepacking : Une itinérance à travers les plus beaux chemins de France. Dans cette interview, Johan revient sur son parcours, sa vision du bikepacking, les galères qui marquent, les erreurs des débutants et ce que le vélo lui apporte aujourd’hui.

Du Pas-de-Calais aux premières envies d’aventure

Le bikepacking commence rarement par une expédition à l’autre bout du monde. Bien souvent, tout démarre avec des sorties locales, quelques kilomètres de plus que d’habitude et une curiosité grandissante pour ce qu’il y a derrière la prochaine colline. Chez Johan, cette attirance pour l’effort apparaît très tôt.

Johan, tu es originaire du Pas-de-Calais, une région plutôt plate… Comment est né ce besoin viscéral d’aller chercher l’aventure sur des chemins et des GR ?

“J’ai commencé le VTT il y a une vingtaine d’années, après avoir terminé mes études. J’avais besoin de reprendre le sport, et le vélo (associé au badminton) me permettait de travailler l’endurance. Mais dès le début, ce qui m’intéressait en priorité était l’effort et c’est en allant chercher du dénivelé que je prenais plaisir.”

Même dans les Hauts-de-France, il cherche instinctivement les reliefs disponibles autour de chez lui : la côte d’Opale, les monts des Flandres ou encore les Ardennes. À l’époque pourtant, il ne pense pas encore partir loin.

“Je ne prévoyais pas de m’aventurer plus loin à vélo…”

Le déclic arrive finalement presque par hasard, au cours d’un repas de famille à Noël 2019.

Avant La France en Bikepacking, quel a été le vrai déclic qui t’a fait passer du vélo classique à l’autonomie totale ?

“Mon frère, qui habitait à côté d’Aix-les-Bains, me lance un défi : venir chez lui à VTT depuis le Pas-de-Calais.”

Cette aventure devient son premier vrai voyage en autonomie.

“J’ai parcouru un peu plus de 1000 km à travers les Ardennes, les Vosges et la Grande Traversée du Jura à VTT.”

Et surtout, quelque chose change définitivement.

“Je suis littéralement devenu accro à ce type d’activités sportives.”

Cette phrase résume probablement ce que beaucoup de bikepackers ressentent après leur première vraie aventure. Une fois qu’on a goûté à l’autonomie, aux longues journées dehors et à cette sensation de progression permanente, il devient difficile de revenir en arrière.

“C’est là que je me suis dit que je basculais dans autre chose, que le plat-pays ne me suffirait plus.”

Johan Dufour en gravel dans les montagnes bikepacking

Une vision du bikepacking centrée sur l’effort et l’évasion

Aujourd’hui, le mot “bikepacking” est utilisé pour désigner des pratiques très différentes. Certains recherchent avant tout le voyage lent. D’autres privilégient la performance ou l’ultra-distance. Pour Johan, le bikepacking possède avant tout une dimension sportive, sans forcément tomber dans l’esprit de compétition.

Qu’est-ce que le bikepacking représente pour toi aujourd’hui ?

“C’est une façon de m’évader du quotidien, de vivre des aventures sportives, de produire des efforts tout en découvrant de nouveaux paysages et m’émerveiller du monde qui nous entoure.”

Cette notion d’effort revient constamment dans son discours.

Selon toi, qu’est-ce qui différencie vraiment le bikepacking du cyclotourisme classique ?

“Le bikepacking prend en compte une vraie dimension sportive que le cyclotourisme classique ne met pas forcément en avant.”

Mais Johan tient à nuancer. Le but n’est pas de transformer chaque sortie en compétition.

“Je ne parle pas de compétition mais simplement de l’idée de repousser ses propres limites.”

Selon lui, le bikepacking peut prendre de nombreuses formes :

  • micro-aventure minimaliste,
  • longue traversée,
  • itinérance engagée en montagne,
  • ou simple week-end en autonomie.

Mais il y a presque toujours un élément commun : l’engagement physique.

“Il y a toujours une idée soit de longue distance en peu de temps, soit d’accumulation de dénivelé positif, soit les deux.”

Johan Dufour effort physique montagne bikepacking

Le bikepacking à l’ère des réseaux sociaux

Comme beaucoup de pratiquants qui ont connu les débuts du bikepacking moderne, Johan observe avec attention l’évolution récente de la discipline.

Est-ce que tu vois évoluer la pratique ces dernières années ?

“Le bikepacking s’est fortement démocratisé depuis quelques années, notamment en lien avec l’essor des réseaux sociaux.”

Cette popularité possède évidemment des aspects positifs. Les marques développent du matériel de plus en plus adapté et la pratique devient plus accessible. Mais cette évolution possède aussi un revers.

“Les nombreux posts sur les réseaux sociaux laissent penser que c’est l’activité à faire pour être à la mode.”

Une remarque intéressante à une époque où le bikepacking est parfois réduit à une esthétique Instagram. Car derrière les belles photos, il y a aussi :

  • les longues journées sous la pluie,
  • les galères mécaniques,
  • les moments de doute,
  • le froid,
  • la fatigue,
  • et parfois la solitude.

Les aventures qui forgent l’expérience

Certaines aventures restent associées à des souvenirs précis. Pas forcément les plus beaux, mais souvent les plus marquants. Le premier défi entre le Pas-de-Calais et Aix-les-Bains garde évidemment une place particulière.

Ton premier grand défi reste-t-il ton aventure la plus marquante émotionnellement ?

“Ce n’est pas la plus marquante émotionnellement mais c’est celle par laquelle tout a commencé donc elle a une place particulière.”

Puis viennent les traversées plus engagées. En 2021, Johan se lance sur la GTMC après avoir déjà rejoint le départ depuis le Pas-de-Calais à VTT.

Sur la GTMC, qu’est-ce qui t’a le plus mis à l’épreuve ?

“La météo.”

Pas la distance. Pas le dénivelé. Le froid et l’humidité.

“Je me suis retrouvé à monter le Lioran sous une brume épaisse, de la pluie et 5 degrés. J’étais trempé et frigorifié pendant des heures.”

Des conditions que beaucoup sous-estiment avant leur première grande traversée.

johan Dufour Gravel lac

Les Pyrénées, la Corse et la chaleur extrême

En 2022, Johan traverse intégralement les Pyrénées avant de rentrer par la Vélodyssée afin de limiter son impact environnemental.

Pourquoi terminer par la Vélodyssée plutôt qu’en restant en off-road ?

“Je n’avais plus assez de jours de congés pour rester en off-road. Et pour rentrer vite, la Vélodyssée était idéale.”

Même si la section lui paraît plus monotone, l’objectif reste ailleurs : traverser les Pyrénées dans leur intégralité.
Puis vient la Corse en 2023. Une aventure réputée exigeante, notamment à cause du relief et des températures.

Quelle a été ta plus grosse surprise pendant le Tour de Corse ?

“Bonne surprise : les Corses sont souvent qualifiés de peu accueillants, etc. J’ai vu tout le contraire.”

Mais ce qu’il retient surtout, c’est la chaleur.

“Rouler sous 48 degrés et boire 14 litres d’eau par jour, c’est une vraie expérience.”

Le désert mauritanien en fatbike

Au milieu des aventures françaises racontées dans son livre, Johan a également choisi d’intégrer une expérience totalement différente : un raid en Mauritanie.

Pourquoi intégrer une expédition en Mauritanie dans un livre centré sur la France ?

“Cette aventure méritait sa place en bonus. Je ne me suis pas posé de question, j’ai foncé.”

Dans le désert, tout change :

  • les repères,
  • les distances,
  • la gestion de l’eau,
  • la fatigue,
  • et même la manière de pédaler.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer dans le désert ?

“Physiquement, il y a évidemment les températures extrêmes mais aussi les tempêtes de sable.”

Mentalement en revanche, l’expérience acquise au fil des années semble avoir fait la différence.

“Se retrouver à pédaler au milieu du désert, c’est une sensation absolument indescriptible.”

Johan Dufour Fatbike

Pourquoi écrire La France en Bikepacking ?

Au départ, Johan ne cherche pas spécialement à publier un livre. Le projet naît presque comme une archive personnelle.

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?

“Quand j’ai pris la décision de rédiger ce livre, j’ai d’abord cherché à être édité puis je suis tombé sur le système d’édition d’Amazon.”

Cette solution lui permet surtout de publier rapidement sans dépendre d’une maison d’édition traditionnelle. Mais ce qui pousse réellement Johan à écrire reste très personnel.

Quelle était ton ambition en écrivant ce livre ?

“Depuis que j’ai commencé à voyager, je relatais chaque journée sur un groupe Facebook avec les anecdotes, les photos, les distances et le dénivelé.”

Avec les années, cette mémoire numérique devient gigantesque.

“Je me suis rendu compte que si mon compte était piraté, je perdais tout.”

Le livre devient alors une manière de préserver ces souvenirs.

“Au début, ce livre était surtout une sorte de sauvegarde matérielle.”

Puis ses proches le poussent à aller plus loin et à le publier.

Le matériel, le minimalisme et les erreurs des débutants

Avec l’expérience, le rapport au matériel évolue énormément. Aujourd’hui, Johan roule principalement avec un Kona Sutra LTD acier équipé d’un moyeu dynamo SON28 et d’un phare SON Edelux II.

À quoi ressemble ton setup aujourd’hui ?

“Support de cintre Miss Grape Ilcoso, sacoche top tube, sacoche de cadre… et si nécessaire un système Aeroe avec une à trois sacoches suivant l’aventure.”

Son approche reste relativement minimaliste.

Tu es plutôt minimaliste ou confort ?

“Cela va dépendre du projet mais je dirais plutôt minimaliste.”

Lorsqu’on lui demande quels seraient ses trois équipements indispensables, sa réponse reste très pragmatique :

“Cuissard cargo, powerbank, multi-tool.”

Mais le conseil le plus intéressant concerne probablement les erreurs des débutants.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes chez les débutants ?

“L’erreur principale est de trop se charger et d’emporter ses peurs avec soi.”

Une phrase qui résume parfaitement l’évolution naturelle de beaucoup de bikepackers. Au début, on emporte toujours trop de choses “au cas où”. Puis, avec l’expérience, le setup s’allège progressivement.

Kona Sutra LTD Johan Dufour Col du Grand Colombier

Gérer l’imprévu loin de tout

Le bikepacking apprend rapidement une chose : les imprévus font partie du voyage. Et Johan semble avoir développé une vraie capacité d’adaptation.

Comment tu gères l’imprévu quand tu es loin de tout ?

“Météo : j’attends que ça passe.”

“Casse : excepté un cadre qui viendrait à casser, je suis capable de tout réparer en chemin.”

Même les situations improbables deviennent de simples anecdotes.

“Cet été, j’ai été mordu à la cuisse par un berger d’Anatolie. Je me suis arrêté derrière une usine désaffectée, j’ai sorti du désinfectant puis j’ai poursuivi mon chemin.”

Ce que le vélo lui apporte aujourd’hui

Au fil de l’interview, une chose revient constamment : le vélo dépasse largement le simple cadre sportif.

Qu’est-ce que le vélo t’apporte que tu ne retrouves pas ailleurs ?

“Pédaler seul, loin de tout pendant des heures, c’est une vraie séance d’introspection.”

Le vélo devient alors un espace mental.

“On fait le point, le bilan sur l’année écoulée… ou alors on avance sans penser à rien.”

Et toujours cette idée centrale : l’effort comme moteur de l’évasion.

“Produire un effort parfois soutenu, repousser ses limites et être récompensé par la beauté du monde qui nous entoure… c’est pour moi le combo parfait.”

Son prochain grand projet : l’Hexabikepacking

Même après plusieurs années d’aventures, Johan continue déjà de regarder plus loin. Son dernier projet est particulièrement ambitieux : relier les principaux massifs français dans une seule et même trace.

Est-ce que tu as un prochain projet qui te fait rêver ?

“Je suis parti d’Hendaye, j’ai traversé toutes les Pyrénées puis je suis remonté jusqu’au Jura, les Vosges et les Ardennes pour rentrer chez moi.”

Résultat : 3600 km et 65 000 mètres de dénivelé positif. Une trace inspirée de l’Hexatrek qu’il a baptisée :

Hexabikepacking HBP

Un projet qui a dépassé le stade de l’ébauche. Sa trace baptisée Hexabikepacking HBP est désormais finalisée : 3600 kilomètres et 65 500 mètres de dénivelé positif à travers les principaux massifs français. Johan l’a parcourue intégralement cet été en 40 jours. Et comme beaucoup de bikepackers passionnés par la montagne, Johan regarde aussi désormais vers l’Himalaya et l’Inde.

“Ne te pose pas de question, fonce”

Quand on lui demande quel conseil il donnerait à quelqu’un qui hésite encore à se lancer, sa réponse est immédiate.

Quel est LE conseil qui fait la différence ?

“Ne te pose pas de question, fonce.”

Et surtout : ne pas vouloir aller trop vite.

Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite encore à partir en autonomie ?

“Prends ton vélo, parcours une distance que tu sais faire, arrête-toi, dors et repars le lendemain.”

Parce qu’au final, c’est souvent comme ça que tout commence. Une première nuit dehors. Une première micro-aventure. Puis cette sensation étrange et addictive de vouloir repartir immédiatement.

À travers ses traversées, ses galères, ses moments de doute ou ses longues journées seul face aux montagnes, Johan Dufour rappelle une chose essentielle : le bikepacking ne se résume pas à accumuler des kilomètres ou du dénivelé. C’est avant tout une manière différente de voyager. Une façon de ralentir mentalement tout en s’engageant physiquement. D’accepter l’inconfort, les imprévus et l’effort pour vivre des expériences qui marquent durablement.

De la GTMC aux Pyrénées, des routes corses écrasées par la chaleur jusqu’aux pistes désertiques de Mauritanie, son parcours montre qu’il n’est pas nécessaire d’habiter au pied des montagnes pour développer un goût profond de l’aventure. Et c’est probablement ce qui rend son approche aussi inspirante.

Si tu veux suivre ses prochaines aventures, découvrir ses futurs projets comme l’Hexabikepacking HBP ou simplement plonger dans ses récits de voyage, tu peux retrouver Johan Dufour sur ses réseaux sociaux. Tu peux également découvrir son livre: La France en Bikepacking, un récit mêlant aventures, itinérance et retour d’expérience autour des grandes traversées à vélo en France. En bonus, toutes ses traces y sont téléchargeables via un QR-code.

hugo bikepacker.fr

Écrit par Hugo

Passionné par la Nature, le vélo, internet et la photographie. Je me suis logiquement, depuis quelques temps initié au Bikepacking. J’ai créer ce blog, pour vous partager mes recherches, mes astuces et mes passions.

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