La Grande Traversée du Massif Central, plus connue sous le nom de GTMC, occupe une place à part dans l’histoire du bikepacking français. Bien avant que le terme ne se démocratise, cet itinéraire était déjà pensé comme une grande aventure à vélo, engagée, autonome et profondément ancrée dans les territoires qu’elle traverse.
Il s’agit tout simplement du premier itinéraire VTT longue distance finalisé en France. Une traversée pionnière, qui relie le cœur volcanique de l’Auvergne aux paysages méditerranéens, en passant par certains des espaces les plus sauvages et les plus chargés d’histoire du pays.
Sommaire
La GTMC en chiffres et en réalité
Sur le papier, la GTMC impressionne. Sur le terrain, elle confirme. La traversée cumule environ 24 000 mètres de dénivelé positif, avec un dénivelé négatif légèrement supérieur. Elle alterne bitume, pistes agricoles, chemins forestiers, gravier, sections rocheuses, sableuses et parfois boueuses, selon la météo et la saison.
Ce n’est pas un itinéraire uniforme. Chaque région impose son rythme, sa texture, son ambiance. La GTMC est longue, physiquement exigeante, mais rarement brutale. Ce n’est pas la technicité qui domine, mais l’endurance, la gestion de l’effort et la capacité à avancer jour après jour sur un terrain changeant.
Globalement, la très grande majorité du parcours est cyclable. Les rares passages plus cassants ou techniques peuvent être contournés, ou simplement franchis à pied sans que cela ne remette en cause l’expérience. En revanche, la météo joue un rôle déterminant. En effet, certaines portions deviennent particulièrement pénibles après de longues périodes de pluie, notamment dans le Morvan et en Auvergne, où les chemins peuvent parfois se transformer en véritables bourbiers.

Une diversité de paysages unique en France
L’une des grandes forces de la GTMC est la diversité des paysages traversés. Peu d’itinéraires offrent un tel contraste sur une seule ligne.
Depuis Clermont-Ferrand, le parcours s’élance vers Volvic avant de plonger dans les Monts Dôme, où s’alignent plus de 80 volcans éteints sur une quarantaine de kilomètres. Le terrain y est ouvert, minéral, presque lunaire par endroits, avec des panoramas larges et dégagés.
La traversée du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne marque une transition vers des paysages plus vastes encore, avant de longer les reliefs des Monts-Dore et de frôler le Puy de Sancy, point culminant du Massif Central.
Le passage sur le plateau du Cézallier donne une vraie sensation d’isolement, renforcée par l’exposition au vent et l’absence quasi totale de repères urbains.
Plus au sud, la GTMC traverse la Margeride, région rude et discrète, profondément marquée par l’histoire. Ces plateaux isolés furent l’un des bastions de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale. Rouler ici, c’est aussi traverser un territoire chargé de mémoire, où le silence a une densité particulière.
Après Bagnols-les-Bains, la trace entre dans les Cévennes, avec un changement radical d’ambiance. Forêts profondes, vallées encaissées, gorges spectaculaires, notamment celles du Tarn, où il est possible de bivouaquer au bord de l’eau dans des villages comme Le Pont-de-Montvert. Plus loin, La Couvertoirade et Saint-Guilhem-le-Désert offrent une immersion dans des villages médiévaux remarquablement préservés, avant la descente finale vers Montpellier et la Méditerranée.
Sections problématiques et variantes
Certaines portions imposent portage ou détours. Par exemple, après le Mont Aigoual, la descente vers Le Vigan est réputée difficile. Sentier étroit, instable et pas cyclable, même pour un VTT tout-suspendu. La variante recommandée par de nombreux bikepackers consiste à tirer vers le Saint-Guiral depuis le col de Serreyrède. Pour un terrain plus agréable et varié jusqu’à La Couvertoirade.
Dans le Morvan, certains passages ne passent pas à vélo et nécessitent de petites routes pour contourner. Suivre la trace officielle à tout prix n’est pas toujours optimal. GPS ou carte et sens critique sont donc indispensables.

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À qui s’adresse la GTMC ?
La GTMC est pour ceux qui apprécient l’itinérance autonome, la lenteur et l’engagement progressif. Elle convient aux cyclistes capables de gérer eau, sommeil et navigation sur plusieurs jours.
Elle peut frustrer les amateurs de parcours très roulants et parfaitement balisés. Accepter les ajustements et les imprévus est la clé pour profiter pleinement de l’expérience.
Combien de temps faut-il pour parcourir la GTMC ?
Tout dépend du rythme et du niveau de préparation. La plupart des traversées demandent 2 à 4 semaines. La météo, l’état des chemins et les choix d’itinéraire influencent la durée réelle. Prévoir large permet d’adapter son rythme sans stress.
VTT ou gravel sur la GTMC : une question de compromis
Le gravel est envisageable, mais demande une vraie lucidité. Même la version dite “gravel” de la GTMC s’apparente davantage à un itinéraire XC / trail qu’à une grande route de gravier roulante. Certains passages sont exigeants, parfois embroussaillés, et l’entretien n’est pas homogène sur l’ensemble du parcours.
Avec un gravel, il faut accepter le portage ponctuel, monter des pneus larges et robustes, et savoir improviser des variantes lorsque le terrain ou la météo l’imposent. L’expérience peut être excellente, mais elle s’adresse à des pratiquants déjà à l’aise avec ce type d’itinéraire.
La GTMC a été pensée à l’origine pour le VTT, et cela se ressent. Un VTT semi-rigide équipé de pneus de 2.1 pouces minimum reste la configuration la plus cohérente pour parcourir l’intégralité de l’itinéraire avec sérénité. Le tout-suspendu apporte un confort supplémentaire, mais n’est pas indispensable.
GTMC en VTT
Le VTT reste le choix le plus adapté à l’ensemble du parcours. Le confort, la motricité et la capacité à encaisser les irrégularités sont essentiels, surtout avec un vélo chargé pour plusieurs jours. Les descentes pierreuses, les sentiers étroits et les zones de portage sont bien mieux gérées avec un tout-suspendu ou semi-rigide robuste. La vitesse n’est pas le critère principal. La durabilité et le confort à long terme priment.
GTMC en gravel
Certaines portions de la GTMC se prêtent bien à un gravel correctement équipé, notamment sur les pistes forestières et les plateaux ouverts. Toutefois, l’itinéraire reste profondément hétérogène. Les pratiquants doivent accepter de ralentir, de porter le vélo ou de contourner certains passages lorsque le terrain devient trop cassant ou dégradé.
Un retour de terrain récent illustre parfaitement cette réalité. Parti initialement sur la variante VTT, le choix s’est rapidement orienté vers la trace dite « gravel », le parcours VTT s’avérant trop exigeant pour un vélo chargé sur la durée.
Équipé d’un Surly Ogre tout rigide chaussé de pneus en 2.4″, ce témoignage rappelle que, même sur la variante gravel, de nombreuses sections restent éprouvantes et peu adaptées à des pneus étroits. Sur la GTMC, le terme « gravel » doit donc être interprété avec prudence. Le choix du vélo repose avant tout sur un équilibre entre confort, solidité et tolérance au terrain, bien davantage que sur la recherche du rendement pur.
Quel setup pour la GTMC ?
Le vélo ne fait pas tout, mais un bon montage facilite la traversée.
- Pneus : larges, endurants, tolérants aux pierres et racines. Évitez le trop fin ou trop orienté performance.
- Transmission : braquets adaptés aux longues ascensions progressives, mieux vaut trop court que pas assez.
- Portage : répartition du poids et stabilité des sacoches indispensables. Certains passages exigent du portage; chaque kilo compte.
Accès à la GTMC en train
La GTMC est relativement simple d’accès en train, aussi bien au départ qu’à l’arrivée, ce qui en fait un itinéraire particulièrement adapté aux voyageurs à vélo. Le départ officiel se situe à Avallon, accessible via des trains régionaux depuis Paris-Bercy (TER ou Intercités, parfois avec une correspondance à Auxerre). La gare d’Avallon accepte les vélos non démontés sur la majorité des liaisons TER, mais il est recommandé de vérifier les conditions selon la saison.
Selon la variante choisie, la trace se termine soit à Sète, soit au Cap d’Agde, deux gares bien desservies du littoral méditerranéen. Sète offre des liaisons fréquentes en TER vers Montpellier, Narbonne ou Toulouse, ainsi que des Intercités et TGV vers Paris, Lyon ou Bordeaux. Le Cap d’Agde, accessible via Agde, permet également de rejoindre facilement les grands axes régionaux. En haute saison, la réservation d’un emplacement vélo est fortement recommandée pour le retour.
Navigation : ne pas sous-estimer la GTMC
La GTMC est balisée physiquement sur l’ensemble de son tracé, mais le balisage ne suffit pas. Il est intermittent, parfois effacé, parfois absent, notamment dans le Parc national des Cévennes où la signalisation est strictement réglementée.
La route emprunte une multitude de réseaux existants. GR, variantes locales, pistes forestières, chemins agricoles. Il n’est pas rare que plusieurs itinéraires se croisent sur un même sentier, ou au contraire se séparent sans indication claire.
Un GPS fiable est indispensable, idéalement complété par une carte ou un guide. Certains cyclistes constatent d’ailleurs des différences ponctuelles entre la trace GPS, les indications papier et le balisage terrain. Cette complexité fait partie intégrante de l’aventure GTMC et impose une navigation attentive.
Ravitaillement, eau et autonomie
L’un des grands avantages de la GTMC, comparée à d’autres traversées européennes, est la présence régulière de villages et de bourgs. Le ravitaillement est donc possible, mais il demande de l’anticipation. Les commerces ouvrent généralement tôt le matin et ferment en milieu de journée, parfois jusqu’à la fin de l’après-midi. Arriver à l’heure du déjeuner dans un petit village en espérant faire le plein conduit souvent à une déconvenue.
Les fontaines publiques sont fréquentes dans les villages, parfois installées sur les places ou près des églises. Il faut cependant rester attentif aux panneaux indiquant une eau non potable. Les cimetières disposent souvent de robinets utilisables, et en dernier recours, les habitants se montrent généralement très accueillants lorsqu’on demande de l’eau. Les rivières et ruisseaux sont nombreux, mais la présence de troupeaux impose une purification systématique.
Dormir sur la GTMC : entre bivouac et hébergements
La GTMC se prête particulièrement bien au bivouac. Les zones ouvertes, les forêts et les plateaux offrent de nombreuses possibilités, à condition de rester discret et respectueux. Le camping sauvage reste juridiquement flou en France, mais une installation tardive et un départ matinal ne posent généralement pas de problème.
Le long de la trace, on trouve également de nombreux gîtes d’étape, pensés pour les randonneurs et cyclistes. L’hébergement y est simple, souvent en dortoir, avec un repas unique mais copieux. Les gîtes du Club Alpin Français constituent une alternative économique intéressante dans les zones montagneuses.
Enfin, les chambres d’hôtes et petits hôtels sont relativement abordables dans les villages, parfois pour un tarif proche de celui d’un gîte.

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Campings municipaux
En complément du bivouac et des hébergements légers, la GTMC est jalonnée de campings municipaux bien placés, souvent situés sur le tracé ou à moins de cinq kilomètres. Du nord au sud, on en trouve notamment:
- dans le Morvan (Étang-sur-Arroux, Bourbon-Lancy).
- Sur les grands plateaux d’Auvergne (Volvic, Allanche, Saint-Flour).
- En Lozère et dans les Cévennes avec des étapes clés comme Laubert, Bagnols-les-Bains ou Le Bleymard, au pied du Mont Lozère et du Finiels.
- Plus au sud, avant l’arrivée sur la Méditerranée, des campings municipaux à Pézenas ou Loupian, près de l’étang de Thau, offrent une transition confortable avant Sète ou le Cap d’Agde.
Ces campings constituent souvent une alternative idéale au bivouac. Douches, points d’eau fiables, parfois une épicerie ou un village à proximité pour le ravitaillement. Beaucoup sont labellisés Accueil Vélo, ce qui garantit un minimum de services utiles aux itinérants. Attention toutefois aux périodes d’ouverture, plus courtes en altitude, notamment en Lozère et dans le Cantal, où certains établissements n’ouvrent qu’entre mai et septembre. En juillet-août, appeler la veille reste une bonne habitude, car certaines étapes sont très fréquentées.
Climat et meilleure période
Le Massif Central connaît un climat montagnard marqué. Même en été, les variations de température peuvent être importantes, surtout au-dessus de 1 000 mètres d’altitude, ce qui concerne une grande partie de l’itinéraire.
L’été est généralement chaud et sec, mais aussi plus fréquenté. L’hiver est froid, souvent enneigé, et il est déconseillé de parcourir la GTMC entre novembre et avril.
La meilleure période s’étend de mai à septembre, à condition de rester vigilant aux orages estivaux et aux épisodes de chaleur.
Une traversée mythique, toujours actuelle
La GTMC reste aujourd’hui l’un des itinéraires de bikepacking les plus mythiques en France. Elle ne cherche pas à être rapide, lisse ou spectaculaire à chaque kilomètre. Elle propose autre chose. Une immersion longue, progressive et sincère dans des territoires vastes, parfois rudes, souvent magnifiques.
C’est une traversée qui récompense la patience, la préparation et l’humilité. Et c’est précisément pour cela qu’elle marque durablement celles et ceux qui la parcourent.




